Politique dans la Seine-Saint-DenisLa politique en Seine-Saint-Denis reste marquée par une longue domination du Parti communiste français. La Seine-Saint-Denis est l'un des départements constituant la Ceinture rouge historique de Paris. C'est un fief historique de la gauche, et en particulier du parti communiste, héritage d'un découpage tacite des zones d'influence entre le PCF et la droite sous De Gaulle[1]. Après avoir détenu la majorité des villes et la totalité des postes de députés ainsi que la majorité absolue au Conseil général de la Seine-Saint-Denis de 1967 à 2001 (avec l'emblématique Georges Valbon), le PCF a détenu la présidence du département jusqu'en mars 2008, avant de passer le relais au Parti socialiste. Si le PS est devenu force majoritaire du département vers 2007-2008, la droite et le centre ont également étendu une influence qui restait relativement limitée jusqu'en 2001. Le département est riche de personnalités d'envergure nationale. Histoire politique et rapports de forceAvant la Seine-Saint-DenisDu début du siècle à 1968, le territoire de l'actuelle Seine-Saint-Denis a aussi été marqué par la gauche. Le , Jean Jaurès fait un célèbre discours au Pré-Saint-Gervais, sur la butte du Chapeau-Rouge devant 150 000 personnes[2]. Le développement de l'industrie dans la banlieue ouvrière proche de Paris fait émerger, avant le Front populaire, plusieurs figures communistes, Fernand Grenier, Jacques Doriot[3], Théophile Gaubert à Neuilly-sur-Marne, voire socialistes comme Alexandre Bachelet. Cinquante-cinq municipalités communistes et une trentaine de municipalités socialistes ont été élues dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, dessinant autour de Paris ce qu’on appelle désormais « la ceinture rouge », selon l'expression employée pour la première fois par Paul Vaillant-Couturier. Parmi les communes ayant élu un maire communiste avant les élections municipales de 1935 figurent Bobigny (1919), Saint-Denis (1920), Villetaneuse (1920), Pierrefitte-sur-Seine (1929) et Villepinte (1932), tandis qu'à l'occasion de celles-ci, le PCF dirige aussi Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Bondy, Drancy, Montreuil, Noisy-le-Sec, Romainville et Tremblay-lès-Gonesse. Aux élections législatives de 1936, la banlieue parisienne envoie 27 députés communistes – dont Jacques Duclos, élu à Montreuil – sur 72 à l’Assemblée nationale[4]. Dans les années 1930, des scissions se produisent. Jacques Doriot est exclu du PCF en 1934 et fonde en 1936 le Parti populaire français (PPF), un parti fasciste, tandis que Fernand Grenier récupère la municipalité de Saint-Denis au profit du PCF en 1937. Albert Richard, maire communiste de Pierrefitte-sur-Seine, rejoint lui aussi le PPF, de même que Jules Lauze, maire de Villetaneuse de 1919 à 1935. Sous l'Occupation, certains participèrent à la collaboration : Jacques Doriot à Saint-Denis, Pierre Laval à Aubervilliers[5], Jean-Marie Clamamus à Bobigny... À la Libération, des résistants communistes prennent le pouvoir dans de nombreuses mairies : Maurice Nilès à Drancy, Jean Lolive à Pantin, Auguste Gillot à Saint-Denis... Le PCF connaît un âge d'or, terni par des exclusions sommaires comme celles de Charles Tillon, maire d'Aubervilliers. La SFIO, avec des personnalités comme Alfred-Marcel Vincent ou Maurice Coutrot, joue les seconds rôles, limitée à quelques villes qu'elle tient de longue date comme Bondy ou Le Pré-Saint-Gervais. La période rougeLa Seine-Saint-Denis vote très majoritairement à gauche depuis fort longtemps, avec, cependant, quelques différences de comportements électoraux entre les communes issues de l'ancien département de la Seine et celles issues de l'ancienne Seine-et-Oise. La droite dispose de quelques bastions anciens dans l'est du département comme Gagny, Le Raincy ou Villemomble incarné par le gaulliste Robert Calméjane. Le PS a longtemps dû se contenter de quelques bastions hérités de la SFIO comme Bondy, Sevran, Le Pré-Saint-Gervais, Livry-Gargan et Épinay-sur-Seine[6],[7], ville qui vit François Mitterrand prendre la tête du parti en 1971. En 1968, année où le parti gaulliste UDR avait obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, il n'avait pu obtenir que 2 des 9 sièges de député du département, les 7 autres restant acquis au PCF[6],[7]. En 1975 la sénatrice communiste Marie-Thérèse Goutmann devient la première femme à présider un groupe parlementaire en France[8]. Lors des élections municipales de 1977, la gauche obtint un résultat jamais atteint puisque 27 des 40 communes du département avaient élu un maire communiste et 7 autres un maire socialiste. Claude Bartolone reprend à la droite aux cantonales de 1979, le canton des Lilas avec 54 % des suffrages[9]. Marcel Debarge au Pré-Saint-Gervais, Claude Fuzier à Bondy et Gilbert Bonnemaison à Épinay-sur-Seine sont alors les trois hommes forts du PS[10]. En 1979, la gauche disposait de l'ensemble des parlementaires du département, celui-ci comptant neuf députés communistes, quatre sénateurs communistes et deux sénateurs socialistes. L'hégémonie communiste remise en causeIl faut attendre 1981 pour que les premiers députés socialistes soient élus sur le département, avec notamment Claude Bartolone, les postes de députés étant occupés uniquement par les communistes sous la précédente législature. Aux élections municipales de 1983, marquées par des fraudes électorales dans trois villes dirigées par le PCF[11], la droite conquiert un certain nombre de municipalités comme Rosny-sous-Bois et Montfermeil et, allié au Front national lors d'une partielle, Aulnay-sous-Bois. Elle récupère aussi des municipalités que la gauche avaient conquises en 1977, comme Gagny, Noisy-le-Grand, Villemomble et Villepinte. Sa faiblesse organisationnelle (quant aux militants entre autres) permet toutefois au Front national de se positionner en force pendant une certaine période et damer le pion à la droite parlementaire lors des consultations tenues dans les années 1990. Le PCF voit émerger une nouvelle génération communiste autour notamment du nouveau maire de Saint-Denis Patrick Braouezec. Les sénatoriales de 1986 marquent également l'arrivée de premiers sénateurs de droite du département après les pertes des municipalités de gauche en 1983. Après la rupture de l'union de la gauche en 1983, le PS qui était jusque-là un supplétif du PCF s'affirme. Lors des cantonales de 1985, le PS gagne le canton de Villepinte face à la droite alors que le PCF perd 4 de ses 25 élus (Aulnay, Montfermeil, Pantin, Noisy-le-Grand). Lors des législatives de 1986, le PS obtient un score de 29,13 % proche de celui de 1981 (alors qu'il baisse nettement au niveau national), devançant pour la première fois le PCF, (aussi concurrencé par le FN), y compris dans plusieurs des villes qu'il dirige. Cela permet au PS d'apparaître comme le parti le mieux à même de reconquérir des villes communistes passées à droite[12]. Aux élections municipales de 1989, le PCF perd Dugny, tandis que la situation se complique à Clichy-sous-Bois. Dans cette commune, des élections partielles aboutissent à la victoire provisoire de la droite en 1993. Aux élections municipales de 1995, le PS a gagné quelques positions notables comme Noisy-le-Grand et Clichy-sous-Bois, tandis que Sevran est provisoirement perdu par les communistes. La direction nationale du PCF est contestée par les « refondateurs » comme Patrick Braouezec[13]. Aux élections municipales de 2001, le centre-droite conquiert notamment Épinay-sur-Seine et Drancy, respectivement sur le PS et le PCF, alors que le PS gagnait Pantin sur le PCF, les Verts L'Île-Saint-Denis sur le PCF. De manière plus prononcée qu'au niveau national, le département connaît une montée de l'abstention, hormis quelques scrutins nationaux. Seul un électeur sur cinq penseant à se réinscrire après un changements d'adresse, la mauvaise inscription sur les listes électorales contribue à un faible taux participation de la population aux scrutins[14]. La situation au sein de la gauche évolue, avec un renforcement de l'influence du Parti socialiste, prenant notamment appui sur les divisions et divergences d'approche des élus et organisations communistes dans le département, comme sur son évolution sociologique et l'aggravation de la situation sociale de nombreuses cités. Ce processus, déjà remarqué aux cantonales 2004, se concrétise avec le gain de la présidence du conseil général par le socialiste Claude Bartolone en mars 2008. La Seine-Saint-Denis socialisteLes municipales et cantonales de 2008 ont confirmé cet ancrage à gauche, principalement au profit du PS et des Verts, les premiers faisant basculer Aubervilliers et Aulnay-sous-Bois et les seconds Montreuil. Le succès inattendu de Mathieu Hanotin aux cantonales contribue à faire émerger en Seine-Saint-Denis une génération d'anciens militants de l'UNEF soit sur des mandats électifs, comme Razzy Hammadi, soit dans les collectivités, comme Nadjet Boubekeur ou Sibeth Ndiaye, qui collaboreront notamment avec Claude Bartolone[15]. Sur le plan de la représentation parlementaire, le département compte en 2007 4 députés communistes, 5 députés socialistes, 1 député Nouveau Centre et 3 députés UMP[16]. Au Sénat, on dénombre 2 sénateurs communistes, 1 sénateur socialiste, 1 sénatrice verte, 2 sénateurs UMP[17]. Aux élections européennes de 2009, la tendance nationale se retrouve en Seine-Saint-Denis avec l'UMP qui arrive en tête (21,66 %) devant les trois listes de gauche : Europe Écologie (17,67 %), PS (15,08 %) et Front de gauche (11,43 %)[18]. Aux régionales 2010, le département a confirmé son ancrage à gauche avec 66,5 %[19] des voix à Jean-Paul Huchon contre 33,5 % à Valérie Pécresse. Au premier tour, la liste rajeunie du PS menée par Abdelhak Kachouri obtient 27,9 %[19], distançant la liste UMP (19,1 %[19]) et la liste écologiste conduite par l'ancien refondateur du PCF Stéphane Gatignon (14,6 %[19]). La liste Front de gauche (11,2 %[19] contre 14,3 %[20] en 2004) est comme en 2004 conduite par Marie-George Buffet, confirmant son déclin. La mise à l'écart du député Patrick Braouezec provoque une crise au PCF, confronté au départ annoncé de celui-ci et de François Asensi[21]. À droite, Patrice Toulmet devait défendre les couleurs de l'UMP mais il a été rétrogradé en pleine campagne en troisième position au profit du syndicaliste policier Bruno Beschizza, entraînant un ravivement de querelles intestines[22]. Lors des cantonales 2011, le PCF ne parvient pas à reconquérir la présidence du Conseil général, son objectif affiché. Il maintient cependant son nombre d'élus en reprenant deux cantons dans des villes perdues aux municipales 2008 à Aubervilliers et Montreuil. La droite reste minoritaire, mais conquiert le canton d'Epinay, consolidant son implantation dans cette ville. Aux élections sénatoriales, si la droite maintient ses deux élus UMP, le rapport de force change à gauche avec la perte d'un sénateur sur deux par les communistes au profit du PS qui en compte deux en alliance avec 1 sénatrice verte. Les législatives 2012 sont une « vague rose » qui voit la représentation socialiste passer de 5 à 9 députés, alors que le Front de gauche ne sauve que 2 de ses 4 sortants. À droite, l'UMP perd ses 3 sièges, seul l'élu de centre-droit Jean-Christophe Lagarde sauvant son siège[23]. Après l'élection de Bruno Le Roux à la présidence du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone est élu président de l'Assemblée nationale, Élisabeth Guigou y préside la commission des affaires étrangères, tandis que le député européen Harlem Désir, qui avait été conseiller municipal d'Aulnay-sous-Bois de 2001 à 2008, devient premier secrétaire du PS. Le département, qui avait donné à François Hollande au second tour son meilleur score national (du moins en France métropolitaine), avec 65,32 % des suffrages exprimés (devant la Corrèze, 64,86 %), est alors au cœur du dispositif présidentiel. Depuis 2012Après la présidentielle, la droite départementale se recompose à la faveur de ralliements au centre après le lancement par Jean-Christophe Lagarde du parti Force européenne démocrate[24], enregistrant notamment le rapprochement de deux conseillers généraux et d'un conseiller régional UMP, dans une fédération où l'homme fort de la droite Éric Raoult est contesté par le sénateur Philippe Dallier[25]. En septembre 2012, Claude Bartolone devenu président de l'Assemblée nationale, Stéphane Troussel lui succède à la tête du Conseil général[26]. Le Parti communiste et ses élus apparentés détiennent la gestion de 11 villes avant les élections municipales de 2014, scrutin qui verra notamment l'affrontement du PCF sortant Didier Paillard avec le PS Mathieu Hanotin à Saint-Denis et, alors qu'à Montreuil Dominique Voynet a renoncé à se représenter[27]. Scrutins de 2014-2015Malgré la reconquête de Montreuil et d'Aubervilliers, l'emprise communiste a encore diminué, principalement au profit de la droite, qui y détient pour la première fois une majorité de 21 communes sur 40 dont Aulnay-sous-Bois (ex-PS), Le Blanc-Mesnil (ex-PC), Bobigny (ex-PC), Livry-Gargan (ex-app.PS), Saint-Ouen (ex-app.PC), Villepinte (ex-app.PC). Avec le soutien de Claude Bartolone, le PS soutenait une nouvelle génération de candidats incarnée notamment par les jeunes députés Razzy Hammadi et Mathieu Hanotin[28]. Les candidats socialistes faisant face aux sortants communistes à Saint-Denis, Villetaneuse et Saint-Ouen ont échoué, soit largement soit de très peu (181 voix pour Mathieu Hanotin à Saint-Denis), sauf à Bagnolet qui devient rose. Pour Philippe Dallier, réélu avec 82 % des voix au premier tour aux Pavillons-sous-Bois, « À Bobigny, c’est la faillite d’un système communiste à bout de souffle, encroûté dans de vieilles méthodes clientélistes. Il faut noter que, si les populations issues de l’immigration ont pu voter à gauche lors de la présidentielle, une partie d’entre elles nous a rejoints aux municipales en raison de mécontentements locaux[29],[30]. » Lors des élections européennes, le Front national arrive en tête avec plus de 20 % des voix, distançant l’UMP (14,8 %), le PS (13,7 %), le Front de gauche (12 %) et EELV (10 %). Le phénomène est net dans les villes dirigées par un maire de gauche. Le FN devance les autres partis dans de nombreuses villes de gauche comme Bondy, Clichy-sous-Bois, La Courneuve (PCF), Noisy-le-Grand, Pierrefitte, Romainville, Sevran (EELV), Stains (PCF) et Tremblay-en-France (Front de gauche), mais aussi dans des communes dirigées par la droite telles que Dugny ou Rosny-sous-Bois. Les villes de droite donnent ses plus gros scores au parti d'extrême-droite : Coubron (plus de 32 % des votes), Montfermeil, Vaujours, Villepinte... Selon le chercheur Florent Gougou, « les résultats du département dépendent complètement de la mobilisation. La participation baisse de 48 points par rapport à la présidentielle de 2012. Et même de 7 points par rapport aux européennes de 2009. (...) L’électorat de gauche ne s’est pas mobilisé. (...) Le FN en profite pour tirer au mieux son épingle du jeu[31]». Lors de élections départementales de 2015, la gauche garde la majorité en remportant 12 cantons (7 pour l'alliance PS-EELV-PRG-MGC et 5 pour le Front de gauche) contre 9 pour la droite, le FN étant battu dans le seul canton où il avait pu se qualifier au second tour[32]. En septembre 2015, Brigitte Marsigny (LR) gagne l'élection municipale partielle de Noisy-le-Grand à la suite de l'invalidation du scrutin de 2014 alors remporté par le PS Michel Pajon, le succès de la droite, avec 33 voix de plus que la liste socialiste, étant facilité par le maintien d'une liste Front de gauche au second tour[33]. Lors de l'élection régionale de 2015 en Île-de-France, la liste menée par Claude Bartolone (PS et alliés) arrive en tête du premier tour avec 29,6 % des voix, une performance supérieure à celle de Jean-Paul Huchon en 2010 (27,9 %). Il vire en tête dans 22 villes sur 40 avec un score record de 46,8 % au Pré-Saint-Gervais. En cumulant les résultats du Front de gauche, d’EELV et du PS, la gauche obtient 48,3 % des voix. Menée localement par Bruno Beschizza, la liste de droite LR-UDI n'obtient que 21,4 % des voix, à peine plus qu’en 2010, et arrive en tête dans 12 communes du département. La plus forte progression en revient à la liste FN menée localement par Jordan Bardella avec 20 % des voix soit 7,8 points de plus qu’en 2010, ce qui lui permet d'arriver première force à Vaujours, Coubron, Montfermeil, Tremblay-en-France et Livry-Gargan et seconde à Bondy, Clichy-sous-Bois, La Courneuve et Sevran. L'abstention s'élève à 63,1 %[34]. Si la liste d'union de la gauche est défaite au second tour, elle est néanmoins en tête dans 30 villes sur 40 du département avec 52,4 % des voix contre 32,9 % à la liste de droite, alors que le FN recule de 20 à 14,7 % dans un contexte où la participation progresse de 9 points[35]. Élections de 2017Lors de la Primaire citoyenne de 2017, Benoît Hamon arrive en tête du premier tour avec 42,52 % des voix, bien que Manuel Valls (26,01 %) soit soutenu par la majorité des parlementaires du département, dont Claude Bartolone[36]. Parmi les élus PS, seuls quatre députés – Claude Bartolone, Michel Pajon, Élisabeth Pochon et Pascal Popelin – ne lui apportent pas leur parrainage. Emmanuel Macron obtient trois parrainages (ceux de Stéphane Gatignon, Jacques Mahéas et la sénatrice écologiste Aline Archimbaud). Les élus communistes, sauf la maire de Villetaneuse, apportent leur soutien à Jean-Luc Mélenchon. François Fillon a le soutien de la plupart des maires de droite et de trois maires du centre, sauf Laurent Rivoire, Xavier Lemoine, Stéphane de Paoli, William Delannoy et Pierre-Yves Martin[37]. L'élection présidentielle de 2017 est marquée par l'effondrement du vote socialiste dans le département, Benoît Hamon n'obtenant que 8,41% au premier-tour en Seine-Saint-Denis contre 38,68% pour François Hollande en 2012. Le bouleversement du paysage politique national profite principalement à la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon arrivant largement en tête (34,02%) dans le département où il réalise son meilleur score national. Emmanuel Macron vient en deuxième position. Son score de 24,02%, équivalent à la moyenne nationale est une performance inédite pour un mouvement centriste dans une élection nationale en Seine-Saint-Denis. L'extrême droite stagne quant à elle dans le département, le score de Marine Le Pen (13,59%) étant proche de celui de 2012 et en recul au regard des élections intermédiaires. Aux législatives, la gauche conserve 7 de ses 12 sièges, mais le PS perd l'intégralité de ses circonscriptions, y compris celles détenues précédemment par Claude Bartolone et Bruno Le Roux, qui élisent des candidats de la France insoumise. Sur les sept, 4 sont proches de FI (dont des poids lourds du mouvement Éric Coquerel, Bastien Lachaud et Alexis Corbière), deux membres du PCF (dont Marie-George Buffet réélue) et une d'Ensemble ! Arrivé en tête dans la plupart des circonscriptions au premier tour, LREM n'obtient finalement que trois sièges à l'Est du département. À droite, l'UDI Jean-Christophe Lagarde est facilement réélu alors qu'Alain Ramadier (LR) crée la surprise au second tour[38],[39]. En raison de son succès aux élections municipales, la droite gagne un siège aux élections sénatoriales de 2017, celui obtenu par l'adjointe (LR) au maire d'Aulnay-sous-Bois, Annie Delmont-Koropoulis, ce qui conduit à une parité entre les sénateurs, trois étant de gauche et trois de droite. Il y a aussi une recomposition à gauche puisque l'alliance PS-EELV perd deux sièges, dont l'un est conquis par les communistes, Fabien Gay rejoignant Éliane Assassi au Sénat. Les difficultés de renouvellement du PS et les tensions nées après la désignation du candidat à la présidentielle ont suscité une liste dissidente PS[40],[41]. Proche d'Emmanuel Macron, Patrick Toulmet ne parvient pas à être élu[42], pas plus qu'Anina Ciuciu, élève avocate rom soutenue par la sénatrice écologiste sortante Aline Archimbaud[43]. Entre fragmentation locale et réaffirmation électorale de la gaucheLes élections européennes de 2019 en Seine-Saint-Denis se déroulent dans le cadre d'une abstention très élevée (plus de 60%). La liste Renaissance soutenue par la majorité présidentielle vire en tête mais son score (17,74%) est en net repli au regard de la performance d'Emmanuel Macron en 2017. Elle réalise ses meilleurs scores dans les communes les plus aisées du département situées dans l'EPT Grand Paris - Grand Est : Noisy-le-Grand, Neuilly-Plaisance, Le Raincy, Villemomble[44]. Le Rassemblement national arrive en deuxième position, en progression par rapport aux présidentielles de 2017 mais en recul au regard des précédentes élections européennes. Il obtient ses meilleurs scores au nord-est du département, remportant l'intégralité des communes de l'EPT Paris Terres d'Envol, notamment Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil ou Sevran. Avec des scores parfois pourtant faibles, l'extrême droite vire également en tête dans les communes les plus populaires du département : Clichy-sous-Bois, Aubervilliers, Stains, Bobigny[44]. Bien que distancées par Renaissance et le Rassemblement national, les listes de gauche réalisent dans leur ensemble de bons résultats, tous supérieurs à la moyenne nationale. En fort repli par rapport à la présidentielle, La France insoumise qui se contente de la quatrième position et ne l'emporte que dans deux communes. La liste d'Europe Écologie Les Verts la devance, arrivant troisième avec 14,72%. Elle vire notamment en tête dans plusieurs communes proche de Paris comme Montreuil, Saint-Ouen-sur-Seine, Pantin, Les Lilas ou Bagnolet[44]. Ce phénomène est analysé par certains observateurs comme témoignant d'une gentrification de ces communes[45]. Des partis traditionnels confortés lors des scrutins locaux de 2020-2021Les élections municipales de 2020 dans la Seine-Saint-Denis sont marquées par une très forte abstention, comprise entre 65% et 70% dans les plus grandes villes du département. Elles sont le théâtre un recul contrasté pour le Parti communiste français. Celui-ci est notamment défait dans les premières et troisièmes communes du département : Saint-Denis au profit du Parti socialiste et Aubervilliers au profit de l'Union des démocrates et indépendants. Ces échecs dans le secteur de Plaine commune s'accompagnent cependant de la reconquête de Bobigny et Noisy-le-Sec dans l'EPT d'Est Ensemble face à l'UDI. Le Parti socialiste sort quant à lui renforcé du scrutin, faisant basculer Saint-Denis et Saint-Ouen-sur-Seine, malgré une défaite à Bondy face à LR. Une "nouvelle vague rose" va jusqu'à être évoquée par certains observateurs[46]. À droite, les résultats sont contrastés selon les enjeux locaux et les partis. L'Union des démocrates et indépendants, très implantée en Seine-Saint-Denis connaît un scrutin difficile avec trois défaites (Noisy-le-Sec, Bobigny, Saint-Ouen-sur-Seine) mais une victoire (Aubervilliers). Les Républicains gagnent la ville de Bondy mais perdent les communes de Villemomble et Dugny au profit de candidats divers-droite. Les partis ayant remporté le plus grand succès aux élections présidentielles dans le département subissent des résultats décevants. LREM avait annoncé des candidats dans plusieurs villes mais aussi son soutien au maire sortant PS Olivier Klein à Clichy-sous-Bois, ainsi qu'une liste contre la maire PS sortante de Bondy, Sylvine Thomassin, soutenue par son ancien prédécesseur Gilbert Roger[47]. Le parti présidentiel remporte des performances électorales faibles lorsqu'il s'était présenté seul comme à Saint-Denis (9,79%), Aulnay-sous-Bois (14,87%) ou Saint-Ouen-sur-Seine (5,92%). Le scrutin est, dans une moindre mesure, décevant pour La France insoumise qui remporte des victoires en coalition avec d'autres forces de gauche mais échoue lorsqu'elle présente ses propres candidats comme à Saint-Denis (18,04%) Pantin (18,81%), Bondy (7,98%), Bobigny (6,41%). Ainsi, pour certains observateurs, le scrutin signe un décalage croissant entre les succès de forces comme La France insoumise et La République en marche lors des scrutins nationaux et leur absence d'implantation dans un paysage politique local dominé par des forces politiques plus traditionnelles : la droite, le Parti socialiste, le Parti communiste français[46]. Lors des élections départementales de 2021, la majorité de gauche du président Stéphane Troussel est renforcée avec les gains des cantons de Saint-Ouen-sur-Seine et Sevran, compensant une défaite au profit de la droite à Aubervilliers. Confirmation de l'ancrage électoral à gauche à 2022En rupture avec les résultats contrastés des scrutins intermédiaires[48], la séquence politique 2022 est marquée par la retour d'un ancrage à gauche particulièrement fort du département dans un contexte d'abstention élevée. Aux présidentielles de 2022, Jean-Luc Mélenchon arrive très largement en tête avec 49,09% des suffrages exprimés, distançant largement Emmanuel Macron et Marine Le Pen, tous deux en recul par rapport à 2017[49]. La hausse du vote Mélenchon est massive et généralisée. Jean-Luc Mélenchon arrive en tête dans la quasi intégralité des villes du département, à l'exception de quelques communes plus aisées de l'EPT Grand Paris - Grand Est (Le Raincy, Neuilly-Plaisance, Coubron, Gournay-sur-Marne)[44] ou Emmanuel Macron vire en tête. Les meilleurs résultats de La France insoumise sont observés dans les communes les plus populaires du département : plus de 60% des voix à Saint-Denis,Villetaneuse, La Courneuve, Bobigny, Stains[44].Jean-Luc Mélenchon vire également large en tête dans des communes gouvernées par le droite comme Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil ou Bondy où le candidat insoumis réalise à chaque fois plus de 50% des suffrages exprimés[48]. Ces résultats, à rebours de la séquence électorale des municipales marquent ainsi une déconnexion croissante entre enjeux politiques locaux et choix électoraux au niveau national[48]. Aux élections législatives, l'alliance de gauche NUPES remporte tous les circonscriptions du département : sept reviennent à la La France insoumise (qui en gagne trois), deux sont conservées par le Parti communiste français alors que le Parti socialiste et le Parti ouvrier indépendant en gagnent chacuns une. Le scrutin est le théâtre de défaites symboliques comme celle de Jean-Christophe Lagarde, député depuis 2002, dans la cinquième circonscription face à l'insoumise Raquel Garrido ou la victoire de la socialiste Fatiha Keloua-Hachi dans la huitième circonscription composée de fiefs de droite (Villemomble, Gagny, Rosny-sous-Bois). Cette hégemonie de la gauche pour la représentation du département à l'assemblée nationale est inédite depuis le "grand chelem" communiste de 1978[48]. Le scrutin est cependant marqué par une abstention supérieure à 61% aux deux tours, largement supérieure à la moyenne nationale. Par ailleurs, il donne à observer les divisions au sein de la gauche du département, opposant parfois appareils politique et militants de terrain[48]. Ainsi, dans les quatrièmes et cinquième circonscription, les résultats du premier tour conduisent à des second tour internes à la gauche (se soldant par le retraits des candidats les moins bien placés). Lors des élections sénatoriales de 2023, la liste socialiste arrive en tête et obtient deux sièges, LR perdant un siège et l'UDI conservant le sien. Le PCF perd également un siège, alors que le PRG obtient de manière inattendue un siège[50]. Lors des élections législatives anticipées de 2024, la gauche conserve les 12 circonscriptions. Le Rassemblement national parvient à se qualifier au second tour dans trois circonscriptions (3e, 8e et 12e)[51]. Bien que sortants, Alexis Corbière et Raquel Garrido ne sont pas réinvestis par LFI. le premier l'emporte face à la candidate désignée, mais Raquel Garrido n'est qu'en troisième position du premier tour et se désiste en faveur du candidat officiel Aly Diouara, seul nouveau entrant des élus de 2022. Cela conduit Alexis Corbière et Clémentine Autain à annoncer quitter LFI et son groupe parlementaire, tout comme d'autres députés telle Danielle Simonnet[52]. LE fait que LFI a présenté en rétorsion un candidat dissident face à la sortante communiste Soumya Bourouaha dans la 4e circonscription exacerbe les tensions entre LFI et les autres partis de gauche[52]. Représentation politique et administrativePréfets et arrondissementsLe département de la Seine-Saint-Denis est découpé en trois arrondissements regroupant les cantons suivants :
Depuis le redécoupage cantonal de 2014, un canton peut contenir des communes provenant de plusieurs arrondissements. Cela concerne les deux cantons séquano-dionysiens suivants : La Courneuve et Montreuil-1.
Députés européensJordan Bardella, conseiller régional d'Île-de-France, et Pascal Canfin, sont réélus eurodéputés lors des élections européennes de 2024. Toutefois au printemps 2024, Jordan Bardella (qui ne résidait plus à Saint-Denis) s'inscrit sur les listes électorales de sa commune de résidence de Garches (Hauts-de-Seine)[54].
Députés et circonscriptions législativesDepuis le nouveau découpage électoral, le département comprend douze circonscriptions regroupant les cantons suivants :
SénateursLors des élections sénatoriales de 2023, six sénateurs ont été élus dans le département :
Conseillers régionauxLe conseil régional d'Île-de-France compte 209 membres élus pour six ans dont 16 représentant la Seine-Saint-Denis (soit un de moins qu'en 2015). Dans le détail, la liste d'union de la droite a obtenu 8 sièges, l'union de la gauche, 6, l'union du centre, 1 et le Rassemblement national, 1.
Conseillers départementauxDepuis le redécoupage cantonal de 2014, le nombre de cantons est passé de 40 à 21 avec un binôme paritaire élu dans chacun d'entre eux, soit 42 conseillers départementaux. À l'issue des élections départementales de 2015, la majorité sortante de gauche est reconduite (mais en retrait par rapport à 2011) et Stéphane Troussel (Parti socialiste) est réélu à la présidence du conseil départemental par 23 voix pour, 16 votes blancs et deux bulletins nuls[55]. Le , à la suite des élections départementales, Stéphane Troussel est reconduit pour un troisième mandat avec 26 voix sur 42, l'opposition de droite ne présentant pas de candidat[56].
Le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis compte cinq groupes politiques : trois appartiennent à la majorité et deux à l'opposition.
Par ailleurs, deux élus siègent en tant que non-inscrit : Vijay Monany (Le Blanc-Mesnil) depuis décembre 2021[60] et Marie-Blanche Pietri (Gagny) depuis avril 2022[61]. Liste des présidents du conseil général puis départemental
Présidents d'intercommunalitésL'intégralité du département de la Seine-Saint-Denis appartient à la métropole du Grand Paris et est divisée en quatre établissements publics territoriaux (EPT).
Maires
Résultats électorauxÉlections présidentiellesÉlections européennes
Élections législatives
Élections régionalesÉlections cantonales et départementales
Historique des conseillers généraux
Élections municipalesRemarques
Personnalités politiques du départementUn grand nombre d'hommes politiques d'envergure nationale, dont plusieurs candidats à des élections présidentielles, sont des élus de Seine-Saint-Denis. Au PCF, au Front de gauche et à La France insoumise :
Au PS et divers gauche :
Aux écologistes :
À droite :
Au centre :
Au Front national :
À l'extrême gauche :
Notes et référencesNotesRéférences
Voir aussiArticles connexes
Lien externeBibliographie |