De septembre 2015 à juin 2018, elle exerce à l’université de Reims Champagne-Ardenne en tant que professeure agrégée (PRAG) en histoire contemporaine[3]. Nommée maîtresse de conférences en mai 2018, elle exerce depuis septembre de la même année à l’université de Rennes 2. Caroline Muller est rattachée au Laboratoire de sciences historiques de cet établissement (7468 EA Tempora). Par ailleurs, depuis 2012, Caroline Muller tient un carnet de recherche en ligne[4], Acquis de conscience - Histoire(s) du XIXe siècle, où elle développe ses réflexions sur les thèmes abordés par sa thèse ainsi que sur les pratiques du numérique dans les sciences humaines[5].
Thèmes de recherches
Les recherches de Caroline Muller portent sur l’histoire du fait religieux[6] (catholicisme au XIXe siècle en France, confession, direction de conscience), l’histoire du genre, histoire de « l’intime » (mariage, famille, sexualités), les archives personnelles, les correspondances, les journaux personnels, l'écriture de soi, les pratiques et techniques de soi[7], et enfin les rapports entre l’histoire et le numérique[8]. L'ouvrage tiré de sa thèse, intitulé Au plus près des âmes et des corps : une histoire intime des catholiques au XIXe siècle est paru en avril 2019 aux Presses universitaires de France[9] et fait l'objet d'une réception critique élogieuse de la part du milieu académique[10] et éditorial ainsi que dans la presse généraliste et spécialisée[11],[12],[13],[14],[15]. L'ouvrage tiré de sa thèse s'intéresse ainsi au rôle de la foi dans la vie des élites françaises au XIXe siècle, en étudiant leur correspondance avec les directeurs de conscience, des prêtres dont le rôle est de les aider à adopter une vie de bons chrétiens. Il se concentre notamment sur les correspondances féminines[16].
Sa thèse est plus spécifiquement consacrée à la pratique de la direction de conscience au XIXe siècle[4], à savoir les relations entre les individus et leurs confesseurs. Caroline Muller propose ainsi une étude des correspondances entre des femmes de la bonne société et les ecclésiastiques chargés de guider leur vie spirituelle, dans un contexte de tentative de reconquête, après un recul de l'emprise de l'institution religieuse sur la direction de la moralité des hommes et des femmes du temps. La liberté de confidence et de ton qui transparaît de ces lettres et de ces journaux intimes tend à démontrer et à souligner les volontés d'émancipation individuelle et le rapport coupable que ces femmes entretiennent avec leurs désirs avoués sous le couvert du secret de la confession. Un de ces femmes étudiées, Arthémine de Menthon, avoue par exemple dans un échange épistolaire de 1852 : « Mon Père… je crains bien, j'en suis même sûre, que ma dévotion et mes œuvres de charité ne soient presque toujours que des occasions légitimes pour échapper à la société de mon père et de mon mari »[10].
Son ouvrage souligne le paradoxe entre l'aspect étouffant et contraignant de la direction de conscience et la liberté de parole permise par la lettre au confesseur[17], permettant de contourner la morale bourgeoise et mondaine au profit d'une exposition du soi intime. Au terme d'une analyse détaillée de ces correspondances, la thèse de Caroline Muller permet de mieux comprendre les mutations des pratiques de dévotion et la féminisation du catholicisme, ainsi que les stratégies matrimoniales, les déconvenues de la vie maritale, la mésentente sexuelle, le viol conjugal, et autant de pratiques et faits de l'intime difficilement approchables autrement que par les sources épistolaires, montrant la nature profondément sociale de l'intimité[10],[18]. L'ouvrage est la thèse de Caroline Muller sont perçus comme des tentatives réussies d’accès à la subjectivité féminine, sujet qui s'avère être un des grands défis de l'histoire des femmes[16].
Publications
Articles
« Prêtre, homme, autre ? Relire l'anticléricalisme par le genre », Chrétiens et Sociétés XVIe - XXIe siècles, LARHRA, Les sources du sacré. Nouvelles approches du fait religieux, , p. 121-138 (lire en ligne)
« Marcher dans la bonne direction. Expériences féminines de la conversion à la fin du XIXe siècle », Chrétiens et Sociétés XVIe - XXe siècles, (lire en ligne)
avec Nicolas Guyard, « Les sources du sacré. Nouvelles approches du fait religieux », Chrétiens et Sociétés XVIe - XXIe siècles, no 35, (lire en ligne)
avec Frédéric Clavert, « Le Goût de l'archive à l'ère numérique », La Gazette des Archives, (lire en ligne)
« Un secret bien partagé. La place du directeur de conscience dans les négociations de mariage d'une famille noble (seconde partie du XIXe siècle) », Genre & histoire, vol. 18, (lire en ligne)
« Ce que confessent les journaux intimes : un nouveau regard sur la confession (France, XIXe siècle) », Circé. Histoire, savoirs, sociétés, (lire en ligne)
Ouvrages
Au plus près des âmes et des corps. Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle, Paris, Presses universitaires de France, (lire en ligne)[19].
Écrire le mariage en France au XIXe siècle, Publications de l'Université de Saint Étienne, (lire en ligne), « "Je crois que je l'aimerai de tout mon cœur" Le rôle du journal de jeune fille dans la préparation des mariages (XIXe siècle, France) », p. 311-327. [20].
avec Anthony Favier, « Genre et autorités religieuses (XIXe-XXe siècles) », dans Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l'Europe, (ISSN2677-6588, lire en ligne) — publication numérique.
Patrizia Caraffi (sur.), Écrire, dit-elle/Scrivere, lei disse, Bologne, I libri di Emil, (ISBN978-8-8668-0122-1, lire en ligne), « La correspondance de direction de conscience : écrire pour contester les rôles de genre ? L’exemple d'Henriette de Lestrange (1908-1931) », p. 111-124
Thèse
La direction de conscience au XIXe siècle (France, 1850-1914) : contribution à l'histoire du genre et du fait religieux, thèse de doctorat en histoire sous la direction de Bruno Dumons, Université Lumière Lyon 2, 2017. [lire en ligne]
Notes et références
Notes
↑L'École normale supérieure forme des élèves (reçus au concours) et des étudiants (reçus sur dossier).
Références
↑Caroline Muller, « Ce que confessent les journaux intimes : un nouveau regard sur la confession (France, XIXe siècle) », Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés, no 4, (lire en ligne, consulté le )
↑ ab et cAndré Loez, « « Au plus près des âmes et des corps », Caroline Muller sonde l’intimité de la direction de conscience », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
↑ a et bCarol E. Harrison, « Caroline Muller, Au plus près des âmes et des corps. Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2019, 365 p., (ISBN978-2-13-080919-7) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. n°67-4, no 4, , p. 170 (ISSN0048-8003 et 1776-3045, DOI10.3917/rhmc.674.0172, lire en ligne, consulté le )
↑Claude Langlois, « Caroline MULLER, Au plus près des âmes et des corps. Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle », Revue européenne des sciences sociales. European Journal of Social Sciences, nos 58-1, , p. 275–279 (ISSN0048-8046, lire en ligne, consulté le ).
↑Nathalie Solomon, « Écrire le mariage en France au xixe siècle, sous la direction de Stéphane Gouglemann et Anne Verjus. Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2016 », Littératures, no 77, , p. 167–169 (ISSN0563-9751, lire en ligne, consulté le ).