Ainsi soit je...Ainsi soit je...
Logo présent sur la pochette de l'album.
Albums de Mylène Farmer Singles
Ainsi soit je... est le deuxième album de Mylène Farmer, sorti le . Composé de dix titres, ce disque dévoile davantage l'écriture de Mylène Farmer qui signe la quasi-intégralité des paroles, sur des musiques de Laurent Boutonnat. Utilisant une écriture soutenue et imagée, elle continue d'explorer ses thèmes fétiches, comme l'enfance, la mort, le sexe, la religion et les déceptions amoureuses, et rend également hommage à ses auteurs préférés, Charles Baudelaire et Edgar Allan Poe. Salué par la critique et porté par le succès des singles Sans contrefaçon, Ainsi soit je..., Pourvu qu'elles soient douces et Sans logique, tous soutenus par des clips conçus comme de véritables courts-métrages, il permet à Mylène Farmer d'être la première femme à obtenir un disque de diamant (plus d’un million d'exemplaires vendus) en France. Écoulé à près de deux millions d'exemplaires, il demeure l'album féminin le plus vendu en France dans les années 1980. Grâce à cet album, Mylène Farmer est récompensée d’une Victoire de la musique en 1988 en tant qu'« Artiste de l’année », et le Livre Guinness des records lui accorde une pleine page afin de souligner ses résultats exceptionnels. HistoireAprès le succès des titres Libertine (1986) et Tristana (1987), extraits de son premier album Cendres de lune, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat se lancent durant l'été 1987 dans l'écriture du deuxième album de la chanteuse[2]. Sorti le et porté par la chanson Ainsi soit je..., l'album est salué par la critique et se classe dès sa sortie dans le Top 10 des meilleures ventes[3]. La chanteuse entame alors sa première tournée, comprenant une quarantaine de dates, dont sept soirs au Palais des Sports et deux à Bercy qui affichent complet en quelques jours[2]. PochetteLa pochette de l'album, signée Elsa Trillat, montre Mylène Farmer assise face à la marionnette du clip de Sans contrefaçon[5]. Le visage tourné vers l'objectif, la chanteuse et la marionnette semblent se regarder comme dans un miroir. Liste des titres
Description des chansonsAvec cet album, Mylène Farmer s'implique davantage dans l'écriture des textes : alors qu'elle n'en signait que trois dans le précédent, elle écrit cette fois les paroles de toutes les chansons, à l'exception de L'Horloge (un poème de Charles Baudelaire) et Déshabillez-moi (une reprise de Juliette Gréco). Alors que dans l'album Cendres de lune l'enfance était décrite de façon plutôt malheureuse, la chanteuse l'évoque ici de façon plus espiègle, comme dans Sans contrefaçon (« Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ? ») ou Pourvu qu'elles soient douces (« Ta maman t'a trop fessé »), et souligne l'importance de cette période dans la construction de l'adulte, notamment dans Allan (« D'où vient ta peur du néant, tes pleurs d'enfants ? ») et Sans logique (« L'innocence immaculée de mon âme d'enfant sage »). Laurent Boutonnat signe toutes les musiques de l'album (à l'exception de la reprise de Déshabillez-moi). Poursuivant dans un registre pop, ce dernier propose également des sonorités plus ténébreuses pour certains titres (L'Horloge, La ronde triste), presque symphoniques (Ainsi soit je..., Jardin de Vienne), utilisant notamment plusieurs samples. L'HorlogeS'ouvrant par le bruit mécanique des aiguilles d'une horloge, cette chanson est une mise en musique du poème L'Horloge de Charles Baudelaire, extrait de la section Spleen et idéal du recueil Les fleurs du mal[5]. La structure du poème rappelle celle du temps : 24 vers, comme les 24 heures d'une journée ; chaque quatrain compte quatre vers, comme autant de quarts d'heure. Les rimes sont alternées, rappelant le mouvement de va-et-vient du balancier. Évoquant le temps qui passe et qui emporte avec lui tous les moments heureux (« Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon », « Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or »), l'adaptation musicale fait répéter plusieurs fois les mots « Souviens-toi » et « Remember ». Le poème appuie sur le fait que le combat contre le temps est perdu d'avance : « Souviens-toi que le temps est un joueur avide / Qui gagne sans tricher, à tout coup, c'est la loi / Le jour décroît, la nuit augmente, souviens-toi / Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide. » Sans contrefaçonLe texte de Sans contrefaçon, qui évoque l'identité de genre, est basé sur la propre enfance de la chanteuse qui était souvent prise pour un garçon à cause de ses cheveux courts et qui, pour que la confusion soit plus troublante, allait jusqu'à mettre « un mouchoir au creux du pantalon »[9]. Citant le Chevalier d’Éon (un diplomate, espion et militaire français qui a vécu la moitié de sa vie habillé en femme), la chanson évoque la différence, à la fois au niveau du rejet provoqué (« Tour à tour on me chasse de vos fréquentations ») et de l'acceptation de l'intéressé(e) (« Je me fous bien du qu'en-dira-t-on »). Les mots Sans contrefaçon font référence à la chanson 3e sexe d'Indochine, sortie deux ans plus tôt (« pour des filles sans contrefaçons, maquillées comme mon fiancé »). AllanDans Allan, Mylène Farmer rend hommage à l’écrivain américain Edgar Allan Poe, l'une des principales figures du romantisme américain et l'un des pionniers du roman fantastique. La chanteuse fait notamment référence à Ligeia[5], une nouvelle publiée en 1838 et incluse dans le recueil Histoires extraordinaires, qui fut traduit en français par Charles Baudelaire (« L'étrange Ligeia renaît en moi, de tout mon être je viens vers toi »). Dans cette nouvelle, le narrateur voit le fantôme de sa défunte femme (Ligeia) reprendre vie au travers du cadavre d'une autre jeune femme. La chanteuse décrit notamment cette transition (« L'étrange goût de mort s'offre mon corps, saoule mon âme jusqu'à l'aurore »). La première phrase de la chanson, « Pauvres poupées qui vont, qui viennent », est d'ailleurs extraite de Ligeia[5]. Pourvu qu'elles soient doucesSur une musique pop, Mylène Farmer écrit Pourvu qu'elles soient douces, un texte à double sens évoquant l'obsession des hommes pour les fesses et la sodomie[5]. Selon la chanteuse, le texte « s'adresse à la grande perversion des hommes, du moins celle qu’ils pensent s'accorder »[10]. Elle le qualifie de « pamphlet écrit comme on se venge... des hommes, des tabous, de l'enfance »[11]. La ronde tristeDéjà présente sur la face B du 45 tours de Sans contrefaçon, La ronde triste est une chanson sombre, contenant une boucle musicale sur laquelle Mylène Farmer écrit un texte entièrement en anglais avec peu de paroles, mêlant une complainte (« Please let me dream, let me scream, let me die ») avec une série de « I love you, I love you, I do love you »[5]. Ainsi soit je...Ainsi soit je... offre un texte très personnel et mélancolique qui évoque une rupture amoureuse et qui fait référence à la formule religieuse « Amen » (qui signifie « Ainsi soit-il »)[5].
La première phrase (« Bulle de chagrin, boule d'incertitude ») est inspirée par la chanson Bulles de chagrin de Marie Marie[12]. Pour ce titre, Laurent Boutonnat signe une musique lente portée par des arrangements presque symphoniques. Sans logiquePour cette chanson rythmée, Mylène Farmer aborde le dualisme et la schizophrénie[5]. Selon elle, « c'est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c'est réellement ça. Je peux basculer très facilement d'un extrême à l'autre »[13]. La chanson commence par la phrase « Si Dieu nous fait à son image », une citation empruntée à Voltaire. L'image de Dieu est rapidement mise en opposition dans une des phrases suivantes avec « le Malin mal habité » (« le Malin » étant un des noms souvent donnés pour désigner le Diable). Cette opposition est également reprise dans le refrain (« Aussi bien Satanique qu'Angélique »). Lors de l'enregistrement de Sans logique, un problème technique empêche la sauvegarde du morceau, ne laissant qu'un message d'erreur : « This is a blank formatted diskette ». Laurent Boutonnat transforme alors ce message d'erreur en sample au début de la chanson[5]. Jardin de VienneIntroduit par un extrait de l'ouverture de l'opéra Tannhäuser de Richard Wagner[5] (qui avait notamment séjourné à Vienne), cette ballade macabre raconte l'histoire d'un jeune homme que la chanteuse a connu et qui s'est pendu dans un jardin à Vienne (« Ton corps balance au vent de soir, comme une danse, un au revoir »). Elle déclarera : « C’est un acte que je pourrais qualifier de beau, et de courageux, certainement. Dans Jardin de Vienne, je parle de quelqu’un qui habille, qui met en scène son suicide. Là, c’est romantique, esthétique même. »[14]. La musique, qui comporte plusieurs notes jouées au Shakuhachi et à la flûte de Pan, n'est pas sans rappeler celle de Tristana, qui utilisait déjà cet instrument[15]. Déshabillez-moiA la fin de l'été 1987, Mylène Farmer enregistre une reprise rythmée et déjantée de la sulfureuse chanson Déshabillez-moi de Juliette Gréco[5], qui avait créé le scandale lors de sa sortie en 1967. Après avoir fait figurer sa version de Déshabillez-moi sur le maxi 45 tours de Sans contrefaçon, Mylène Farmer chante sa reprise à la télévision le pour Les Oscars de la Mode, effectuant une prestation remarquée dans laquelle elle dévoile par mégarde un bout de sein[2]. The Farmer's ConclusionCe morceau instrumental met en musique des cris d’animaux de ferme, clin d’œil humoristique aux détracteurs qui surnommaient la chanteuse « Vilaine Fermière »[5]. Accueil critiqueDès sa sortie, Ainsi soit je... est salué par la critique :
SinglesQuatre chansons sont sorties en single : Sans contrefaçon, Ainsi soit je..., Pourvu qu'elles soient douces et Sans logique. Allan a également été publié en single mais dans sa version Live, en tant que premier extrait de l'album En concert en . Sans contrefaçonCe titre sort en 45 tours le [24] (cinq mois avant l'album), avec La ronde triste en face B. Souhaitant un look de Gavroche pour la promotion de ce titre, Mylène Farmer portera une casquette de poulbot sous laquelle elle dissimulera ses cheveux longs, ainsi que des costumes masculins noir et blanc (parfois à carreaux, parfois à rayures)[9]. Réalisé par Laurent Boutonnat, le clip est inspiré du personnage de Pinocchio et de la bande dessinée gothique Le petit cirque[5]. Mettant en scène une marionnette à l'effigie de la chanteuse, il est nommé en tant que « Meilleur clip de l'année » aux Victoires de la musique 1988. La chanson connaît un très grand succès (n°1 des diffusions radio[25] et n°2 du Top 50, dans lequel il reste classé durant 22 semaines[26]) et s'écoule à plus de 500 000 exemplaires. Ainsi soit je...Le 45 tours sort le [27], deux semaines après la sortie de l'album du même nom, et propose une version raccourcie par rapport à la version présente sur l'album. Ce titre devient ainsi la première ballade de Mylène Farmer à sortir en single. Le clip, réalisé par Boutonnat, diffère complètement des précédents par sa simplicité. Tourné dans des tons sépia, il présente Mylène Farmer évoluant dans un paysage nocturne enneigé, faisant de la balançoire sous un clair de lune, entourée d'une biche et d'un hibou[5]. Bien qu'elle soit moins facile d'accès que les singles précédents, entre son texte mélancolique et ses arrangements symphoniques, la chanson connaît le succès : elle atteint la 12e place du Top 50 au [28], où elle reste classée durant 14 semaines, et la 5e place des diffusions radios[29]. Pourvu qu'elles soient doucesSorti le , le 45 tours propose une version remixée plus courte et plus rythmée, proposant un pont musical composé de scratch[24]. Le clip, qui est la suite de Libertine, bat tous les records : d'une durée de 18 minutes, il nécessite près de 600 figurants et un budget de 3 millions de Francs, pour une reconstitution historique durant la guerre de Sept Ans, au XVIIIe siècle[24]. La chanson crée la polémique et connaît un énorme succès : n°1 des diffusions pendant deux mois et du Top 50 pendant 5 semaines[4], elle s'écoule jusqu'à 15 000 exemplaires par jour[30]. Certifiée disque d'or pour plus de 500 000 ventes en France[31], elle reste classée au Top 50 durant 23 semaines et permet à l'album de devenir lui aussi n°1 des ventes. Le , Mylène Farmer reçoit la Victoire de la musique de l'« Artiste féminine de l'année ». Sans logiqueSorti le , le 45 tours de Sans logique propose une version remixée, plus brève et avec plus de guitares électriques. Le clip, très sombre, présente une corrida humaine et rappelle certains tableaux du peintre espagnol Francisco de Goya (notamment Le Sabbat des sorcières et Incantation)[5]. La chanson connaît le succès en France, atteignant la 10e place du Top 50 au [32], où elle reste classée durant 15 semaines. N°1 des diffusions radio[33], elle est l'une des 10 chansons ayant rapporté le plus de droits d'auteur en 1989[2] et permet à l'album de se maintenir dans les meilleures ventes tout au long de l'année. Classements et certificationsEntré au Top Albums à la 8e place, Ainsi soit je... est certifié disque d'or en [3] et atteint les 400 000 ventes au début de l'automne[34]. Album féminin le plus vendu en France dans les années 1980[37], il se vend au total à près de deux millions d'exemplaires[36].
Crédits
Liens externesNotes et références
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