KapòKapò
Emmanuelle Riva et Susan Strasberg dans une scène du film
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution. Kapò est un film dramatique de guerre franco-yougoslavo-italien réalisé par Gillo Pontecorvo et sorti en 1960. Le titre fait référence au kapo, le nom des gardes encadrant les prisonniers chez les nazis. Il s'agit de l'un des premiers films de fiction à traiter directement du sujet de l'Holocauste, avec des représentations fidèles des camps de concentration nazis qui ont suscité la controverse à l'époque. Si certains ont salué la réalisation du film, d'autres, comme Jacques Rivette dans ce qu'il appellera le « travelling de Kapò », ont critiqué la mise en scène de Pontecorvo, qui spectaculariserait par trop l'histoire eu égard au contexte concentrationnaire du film. SynopsisDans Paris occupé, Edith, une jeune juive de 14 ans, est arrêtée avec ses parents et déportée en Allemagne dans un camp de concentration nazi. Dès le début, la jolie jeune fille est séparée de son père et de sa mère. Un médecin plus âgé, également incarcéré — il montre son triangle rouge fixé à la tenue de prisonnier — en tant que « politique », la conduit dans son austère cabinet médical. L'homme attire l'attention d'Edith sur les particularités du camp et sur les multiples dangers qui la guettent. Ce faisant, il coupe comme en passant les beaux et longs cheveux noirs d'Edith, lui remet ses vêtements de prisonnière et tatoue son numéro de prisonnière sur son avant-bras gauche. Désormais, Edith n'est plus un être humain, juste le no 10099. Comme sous le choc, Edith se laisse faire. Lorsqu'elle entend du bruit venant de l'extérieur et pénétrant dans le cabinet médical, elle s'approche de la fenêtre et doit voir comment des personnes nues, des petits enfants comme des vieillards, sont poussées à travers la cour par des gardiens de camps de concentration allemands aux cris de « Avancez ! Avancez » et « Sale Juif de merde ! ». Parmi ces personnes, Edith reconnaît également ses parents, également dévêtus et frigorifiés, qui marchent vers leur mort. Désespérée, elle ne cesse de les appeler à travers la vitre fermée. Le médecin s'avère être un salut pour Edith dans son malheur. Une détenue non juive, une certaine Nicole Niepas, vient de décéder. Le médecin insiste auprès d'Edith pour qu'elle se souvienne de ce nom. Car à partir de maintenant, elle sera Nicole. Il fait comprendre à Edith, bouleversée, que c'est sa seule chance de survie dans ce lieu misérable et mortel. Ainsi, elle ne doit pas porter le signe d'un détenu juif d'un camp de concentration, mais seulement le triangle noir qui « distingue » les criminels. En tant que criminel, lui explique le médecin, « on est encore beaucoup mieux loti qu'un Juif dans ce camp ». Edith, alias Nicole, comprend rapidement les conséquences que cela implique pour elle. Elle aussi sera battue et maltraitée à l'avenir, et la faim sera sa compagne permanente ; elle aussi devra se procurer de la nourriture en cachette et sera considérée avec méfiance par ses codétenus, mais elle n'a pas à craindre d'être gazée. Edith trouve même une confidente en la personne de Terese, une détenue du camp également stigmatisée par le triangle noir. Edith, alias Nicole, commence alors à imiter les autres pour assurer sa survie. Elle commence à se prostituer, s'engage dans une liaison avec un officier allemand nommé Karl. Et elle gravit les échelons pour devenir une surveillante de camp subalterne, ce qu'on appelle une Kapo. Un jour, les choses commencent à changer de manière décisive pour elle. Au cours d'une longue marche, de nombreux prisonniers de guerre soviétiques sont conduits dans le camp des hommes. Parmi eux se trouve le beau Sascha. Lorsque tous deux se rencontrent par hasard, c'est le coup de foudre. Prisonniers de l'enfer profondément inhumain du camp, ils commencent tous deux à éprouver de profonds sentiments l'un pour l'autre. Dans des circonstances très difficiles, ils parviennent à s'éloigner du champ de vision de leurs gardiens et à créer de brefs et tendres moments de bonheur privé dans le plus grand secret. Sascha fait comprendre à Nicole que lui et quelques-uns de ses codétenus veulent tenter une évasion à grande échelle. Nicole comprend bientôt qu'elle ne peut plus continuer comme avant, qu'elle doit elle aussi prendre position. Pendant ce temps, sa codétenue Terese, devenue une amie, se suicide en se jetant dans la clôture de barbelés électrifiée qui entoure le camp. Lors de la tentative d'évasion, des coups de feu sont tirés et de nombreux prisonniers meurent sous les balles des gardes SS. Quelques-uns parviennent à s'échapper. Nicole, qui veut débrancher la clôture de l'alimentation électrique, est également touchée par une balle de fusil au moment où elle se décide à fuir. Karl se précipite auprès d'elle et entend la mourante prononcer comme dernières paroles la prière juive Chema Israël, grâce à laquelle Nicole redevient Edith et celle-ci reconnaît enfin son identité juive. Fiche technique
Distribution
Accueil critiqueGillo Pontecorvo souhaitait, à travers le personnage d'Edith/Nicole, brosser le portrait sans fard d'un héros négatif, englué, par manque de courage et de dignité, dans la plus abjecte trahison. Or, les producteurs ont exigé qu'une intrigue sentimentale soit nouée entre Sasha, le prisonnier russe, et Nicole, jusqu'ici promise au rôle de kapo insoutenable. Celle-ci se rachetait, à la fin, en se sacrifiant. Pour Freddy Buache, un tel dénouement ne « gâche pas seulement la dernière partie de l'œuvre, il en altère l'ensemble par récurrence. » Pourtant, concède-t-il,
Le travelling de KapòDans le numéro 120 des Cahiers du cinéma (), Jacques Rivette critiqua le film en des termes particulièrement durs. Dans son article, intitulé De l’abjection, il écrit :
Cette affaire du « travelling de Kapò » fera date dans l'histoire de la critique française sur le rapport entre critique et morale[2],[3]. Trois décennies plus tard, le célèbre critique de cinéma Serge Daney réagit à la rude polémique qu'a soulevée Rivette par ses propres réflexions. Dans la revue spécialisée Trafic qu'il a fondée, il écrit l'article Le travelling de Kapo dans le numéro 4 de l'automne 1992[4], dans lequel il avoue que, sans avoir vu le film, cette critique de Rivette représentait « [s]on dogme portatif, l’axiome qui ne se discutait pas, le point limite de tout débat », faisant écho à une affirmation de Godard comme quoi tout travelling était « une affaire de morale ». Réaction des anciennes déportées de RavensbrückLors de la sortie du film, l'Amicale de Ravensbrück réagit, sous la plume d'Angèle Romey (matricule 38.801) et de Madeleine Martin-Roussel (matricule 42.256) :
Notes et références
Liens externes
|