L'esthétique étrusque[1] montre une stylisation et une simplification de la représentation humaine, principalement dans la statuaire étrusque. Elle dénote un désintérêt pour les proportions anatomiques, impliquant un choix plus symbolique, esthétique que le simple réalisme. Elle se distingue en cela de la statuaire grecque de la période archaïque, qui lui est contemporaine, et de la statuaire romaine qui lui succédera.
Buste et têtes
Tout le réalisme est concentré sur le visage et le corps est réduit à une forme approximative.
peu réaliste : le haut des corps est très relevé voire vertical, le reste du corps restant allongé horizontalement
le haut du corps est proportionné, le reste du corps amoindri, réduit (Pérouse)
Seule la tête, ressemblante, a des proportions humaines, le reste est raccourci à la taille de l'urne cinéraire (Volterra) « Les parties non visibles négligées, déformées par la place qu'elles occupent »[3].
Les sarcophages figurés dits de l'Obeso expriment une tout autre symbolique : celle de l'opulence du magnate, interprétée par les Grecs comme un signe de mollesse (truphè étrusque)[4].
Représentation du corps humain dans son entier debout
Certaines poses semblent figées, les mains ou les membres peuvent être représentées exagérément grands :
Peinture à fresque : Les deux pleureurs (Tanazar) de la Tombe des Augures, encadrant la (fausse) porte des enfers.
Statuaire :
L'Arringatore (longtemps confondu avec un orateur, ou harangueur) tend une grande main, à plat, comme les précédents, en geste de prière ou d'invocation[5] ;
Changement de style représentatif sur une même statue
Le Cavalier marin de la Villa Giulia[6], s'il montre un buste en ronde-bosse, se termine par des fesses et des jambes en bas-relief, et les pieds sont longs et gros sans détails anatomiques (la statue étant faite pour être vue de profil). Ce mépris des détails, une certaine grossièreté, ne saurait faire oublier le rythme et le sens du mouvement de l'ensemble, dont toute ligne droite est bannie dans une intention réellement esthétique[7].
Animaux
Certaines représentation d'animaux n'échapperont pas à cette esthétique :
Chevaux levant l'antérieur et le postérieur droit en même temps (cavaliers de la tombe Querciola[8])
Chevaux trop petits pour leurs cavaliers, encolure trop redressée[8] (scène de kalpé de la tombe du Triclinium, Tarquinia)
Le Lion ailé de Vulci qui adopte un pose curieuse intermédiaire entre station debout et assise.
la céramique étrusque zoomorphe par sa taille et la forme des poteries, se prêtant évidemment à la stylisation :
Certaines représentations à fresque, très stylisées (presque de facture rupestre), ont été interprétées comme ayant été exécutées par des peintres de vase, peu habitués aux grandes représentations planes (Tombe des Canards, Tombe des Lions Rugissants[9]).
↑Ne pas confondre l'esthétique étrusque avec le style étrusque, un art décoratif à la mode au XVIIIe siècle s'inspirant de couleur et de forme antiquisantes.
↑Alain Hus, Sculpture étrusque archaïque : le cavalier marin de la Villa Giulia, Mélanges d'archéologie et d'histoire Année 1955 Volume 67, no 67, p. 69-126.
Le style étrusque, un art décoratif à la mode au XVIIIe siècle se limitera aux couleurs et à quelques formes vaguement antiques inspirées de l'étrusque.
La statuaire d'Auguste Rodin s'inspira directement de l'exagération des formes plus que leur stylisation (Rodin a visité l'Italie en 1875 et sa maison, transformée en musée, conserve encore un de ses vestiges étrusques : la coupe inscrite au nom d'Aulus Vibenna.).
Bibliographie
Alain Hus, Recherches sur la statuaire en pierre étrusque archaïque, Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 198, Paris, De Boccard, 1961.