Robert DautrayRobert Dautray
Ignace Robert Dautray, né Kouchelevitz le à Paris, où il meurt le [1],[2],[3], est un ingénieur français, ancien directeur scientifique du commissariat à l'énergie atomique (CEA), ancien haut-commissaire à l'énergie atomique. Il est le "père"[4] de la bombe H française. Il est membre de l'Académie des sciences, section sciences mécaniques et informatiques[5], et de l'Académie des technologies[6]. BiographieLe père de Robert Kouchelevitz, Mordechaï Kouchelevitz, a quitté Lida, un shtetl situé entre Minsk et Vilnius, et arrive en France en 1905. Là il rencontre Esther Mouschkat, originaire de Berditchev en Ukraine et arrivée en France en 1902 pour échapper aux pogroms antijuifs qui avaient cours sous le règne du tsar Nicolas II. Ils se marient et ont deux enfants : Denise, née en 1922, et Robert, six ans plus jeune. Sous l'Occupation, la famille juive est contrainte de déménager fréquemment. En la famille est prévenue que les policiers se sont présentés à une ancienne adresse pour l'arrêter. La famille, par précaution, se sépare. Esther part s’abriter avec ses enfants dans le Gard, tandis que Mordechaï reste à Paris. Il est arrêté, interné au camp de Drancy puis déporté vers Auschwitz par le convoi no 26, dont il ne survit pas. Durant ce séjour gardois, Robert est formé au métier de berger. Il ne va pas à l'école. Il se forme en autodidacte et lit les livres que lui prête l'institutrice du village où sa famille s'est réfugiée. En 1944 elle lui conseille de passer le baccalauréat en candidat libre, ce qu'il fait et réussit. La guerre finie, la famille retourne à Paris. Robert prépare en candidat libre le concours d'entrée à l'École nationale des arts et métiers. Il est reçu major de promotion, dans la promotion entrée à Paris en 1945 (promotion Pa45). Sur le conseil de ses professeurs il passe le concours de l'École polytechnique en 1949 d'où il sort major. C'est là qu'il obtient par le Conseil d’État la permission de franciser son patronyme, Robert Kouchelevitz devenant Robert Dautray[4]. À sa sortie de Polytechnique, il entre au CEA de Saclay au service de physique mathématique dirigé par Jacques Yvon, Jules Horowitz, Albert Messiah, Anatole Abragam, Claude Bloch, Michel Trocheris, etc. En 1967 il est nommé par le ministre Alain Peyrefitte pour diriger la conception d'une bombe H française, le programme étant à l'époque figé par des impasses techniques. Le président De Gaulle s’impatiente pour que la France ait l'armement thermonucléaire. Robert Dautray réussit à débloquer la situation en validant l'arme par simulation[4]. Des essais avec de puissants lasers permettent en effet d'obtenir des codes de calculs fiables dans la conception de la bombe. Le travail de Robert Dautray aboutit à la réussite de l'essai nucléaire Canopus du au large de l'atoll de Fangataufa, faisant entrer la France dans le club des puissances détentrices de l'armement thermonucléaire. Directeur scientifique du CEA, il contribue ensuite au développement des applications civiles de l'atome après des travaux scientifiques sur la régulation isotopique et la réalisation de réacteurs expérimentaux (réacteur à haut flux de Grenoble). Il travaille sur le procédé de séparation des isotopes de l'uranium. Il est directeur du programme grand laser Phébus. Robert Dautray est haut-commissaire à l'énergie atomique de 1993 à 1998. En 1977, il entre à l'Académie des sciences. Robert Dautray a raconté sa vie, en particulier sa jeunesse difficile, dans son livre de Mémoires, publié en 2007[7]. Président du comité des programmes scientifiques du Centre National d'Études Spatiales (CNES), il s'est par ailleurs également intéressé aux problèmes du changement climatique (transfert radiatif dans l'effet de serre)[8]. Il meurt le à son domicile[4] de l'île Saint-Louis à Paris. Il a légué cinq ans avant sa mort l'intégralité de sa bibliothèque à l'Académie des sciences. Dans ses dernières volontés, il demande que l'Académie des sciences ne fasse ni communiqué, ni cérémonie ou hommage durant une année après sa mort[4]. Travaux scientifiquesLa quasi-totalité de l’activité professionnelle de Robert Dautray a été consacrée aux sciences physiques contribuant à l'énergie nucléaire, tant à la physique des réacteurs (contrôle commande des réacteurs, physique des surgénérateurs, réacteurs de recherche Pégase, réacteur à haut flux de l’Institut Laue-Langevin, etc.) qu’à l’amont du cycle du combustible (contrôle commande de l’usine de séparation des isotopes de l’uranium) qu’à l’aval de ce cycle (formation et physique des isotopes du plutonium et autres actinides, aux descendants des produits de fission, des noyaux de structures activés, etc.). De plus, Robert Dautray a participé à l’établissement des sciences physiques de base pour les sciences des hautes densités et hautes puissances de matières et de rayonnement électromagnétique (équations d’état, opacité, transfert radiatif, discontinuités des écoulements à grandes vitesses, instabilités d’interfaces, implosions par laser, réactions thermonucléaires, neutronique non linéaire des milieux à grande vitesse des noyaux rendant non linéaire les équations de transport des neutrons et physique des plasmas, etc. Robert Dautray a contribué à développer les méthodes mathématiques nécessaires à la modélisation de ces phénomènes. Il a coprésidé, avec la direction des études et recherches de EDF, les écoles d'été d'analyse numérique CEA/EDF. Polémique sur la paternité de la bombe H françaiseUne polémique a existé sur l'attribution à Robert Dautray de la paternité de la bombe H française. Des experts la contestent, mettant en avant les travaux de Michel Carayol[9]. Cette version des faits (R.D. père de la bombe H) suggérée par Robert Dautray lui-même, a été amplifiée et entretenue par Alain Peyrefitte[10]. Grâce à cette légitimité il a exercé les fonctions de directeur scientifique de la Direction des Applications Militaires de 1967 à 1993, puis de Haut-Commissaire du CEA de 1993 à 1998. Cependant, en 1994, Pierre Billaud, un des acteurs majeurs des formules A et H, décide de décrire en détail les jalons qui ont conduit au succès de 1968. Il rédige d’abord un ouvrage personnel[11], puis un ouvrage collectif[12] où douze anciens responsables du CEA/DAM soutiennent la thèse que Pierre Billaud, Michel Carayol et Luc Dagens sont les principaux contributeurs et que le titre de « père de la bombe H française » revient à Michel Carayol. Un document officiel, écrit en par Bernard Lemaire, alors directeur scientifique de la DAM, confirme ces témoignages[13]. Il n’y a pas de traces de contribution scientifique de Robert Dautray à la découverte de la formule de la bombe H[14]. ŒuvresArticles scientifiques (sélection)
Participation à des ouvrages scientifiques
Autres ouvrages
Distinctions
Notes et références
Liens externes
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